CybLg:
Pourquoi Picasso et pourquoi "Picasso et l'Homme" ?
H. Magotte:
On pourrait aussi se poser la question : pourquoi Gauguin, pourquoi Chagall, et pourquoi précédemment
Monet ? Simplement, parce que nous sommes à chaque fois partis d'une toile que nous possédions à
Liège. Pour Picasso, c'est "la famille Soler". C'est d'ailleurs la seule toile de Picasso qui
appartient aux collections publiques. On s'est dit qu'à partir de cette toile, il est possible de faire
quelque chose de bien et de faire parler de Liège comme possédant cette œuvre particulièrement
connue. Mais il y a déjà eu beaucoup d'expositions Picasso de par le monde. Il fallait donc trouver
un thème original. J'ai choisi: "Picasso et l'Homme".
CybLg:
Quelle a été la durée des préparatifs de l'exposition ?
H. Magotte:
A partir du moment où j'avais le thème, il fallait voir si cela était réalisable. Picasso
a peint beaucoup et beaucoup sculpté, mais il fallait savoir si nous aurions des œuvres suffisamment significatives
à montrer. Nous y sommes parvenus grâce à la collaboration que nous entretenons depuis 10 ans
avec une petite ville allemande située près de Fribourg, Balingen. En effet, cette municipalité,
connaît énormément de prêteurs privés. De cette façon, nous avons pu faire
en sorte que l'exposition soit enrichie pour moitié d'œuvres de collections privées. Ce qui est tout
à fait exceptionnel.
Il faut donc compter entre deux et trois ans pour réaliser ces préparatifs, une fois le thème
choisi.
CybLg:
Et vous avez déjà des idées pour "l'après-Picasso"
?
H. Magotte:
Oui, en septembre 2002, l'or de la Meuse: l'Art Mosan. C'est-à-dire l'Art de 1000 à 1350 à
peu près, dans toute la vallée mosane à Liège mais aussi Maastricht et Aix-La-Chapelle
avec qui nous travaillons habituellement. Trois siècles de grand Art.
CybLg:
Cela rompt un peu avec les thèmes d'artistes auxquels Liège nous avait habitués
?
H. Magotte:
Oui, cela est assez différent, nous aurons d'ailleurs la même année: Un siècle de Révolution
Liégeoise (le 19e siècle) en collaboration avec Art et Fact, l'association des licenciés en
histoire de l'Art de l'Université de Liège.
Puis en 2003, nous fêterons le centième anniversaire de la naissance de Simenon, avec une formule
du type "tout Simenon".
Enfin 2005 verra la commémoration du centenaire de l'Exposition Universelle de 1905.
CybLg:
Qu'est-ce qui est le plus ardu pour monter ce genre de manifestions artistiques ?
H. Magotte:
Sans conteste, de récolter les œuvres et ce pour deux raisons.
D'abord, on en demande beaucoup partout dans le monde, pour des expositions sur toutes sortes de thèmes
- le nôtre "Picasso et l'Homme" n'a encore jamais été traité. Il est donc
difficile d'avoir des œuvres en prêt surtout de la part de grands musées. Nous en avons néanmoins
obtenu du Metropolitan de New-York, du Japon, de France et bien entendu d'Espagne, et ce en plus des 50 % de prêt
de privés dont je vous ai déjà parlé.
C'est donc la première difficulté : obtenir les œuvres. Ensuite, il faut pouvoir supporter le coût
des assurances. Cette fois, il y en a pour quatre milliards à assurer. Avec les primes et les frais de transport,
cela fait beaucoup. C'est bien sûr le lot de toutes les expositions, mais ici, la valeur est phénoménale
au vu des prix atteints par les œuvres de Picasso.
CybLg:
Et vos attentes, combien de visiteurs escomptez-vous?
H. Magotte:
J'ai bien entendu fait un budget. Il faut savoir que ce n'est pas la ville qui a en charge l'exposition mais l'a.s.b.l.
Les Musées de Liège que j'ai fondée en 1990. La Ville prête bien entendu les bâtiments
et met à disposition du personnel. Le reste est du ressort de l'a.s.b.l.. Heureusement, celle-ci a engrangé
à chaque exposition précédente des bénéfices. C'est pourquoi, nous pouvons investir
et couvrir les frais préliminaires à l'exposition.
Donc, nous avons dû faire des prévisions: je me suis limité à 150.000 visiteurs, mais
si je n'ai que cela, je serai déçu.
CybLg:
Avez-vous les chiffres des précédentes manifestations ?
H. Magotte:
Oui, je les connais encore par cœur. La première sur Monet a fait 220.000 entrées. Puis après,
moins connu, Gauguin a fait 180.000. Enfin Chagall 150.000. Chagall est évidemment un peu plus difficile
d'accès.
Pour cette fois-ci, à partir des réservations que nous avons déjà enregistrées,
et qui se montent actuellement avec les soirées privées à au moins 50.000 places, j'espère
au moins 200.000 visiteurs.
Ah! Il faut faire du bénéfice pour la suite...